Les Observations d'Anne : mai 2009 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Virelles

Surréaliste…

Par un bel après-midi de mai, imaginez un étang… entouré de roseaux… dans l’intérieur des terres… Non, faites un effort, il est beaucoup plus grand ! Posez-y délicatement un îlot parsemé de schistes… Avec quelques bouquets de fleurs blanches, jaunes ou mauves, ne serait-il pas infiniment plus joli ? Permettez à quelques canards d’y faire tranquillement la sieste… Pas uniquement des colverts… il y a aussi quelques Fuligules morillons. Si un cygne, immaculé de blanc, s’approche, offrez-lui le droit de passage bien sûr ! Et pour mettre un peu d’animation, invitez quelques Chevaliers guignettes. Au moins quatre ou cinq… D’esprit querelleur, ils s’amuseront à se poursuivre dans les airs en criant… puis retourneront vite picorer sur les graviers, hochant la queue au moindre déplacement…

Ajoutez un souffle de vent… un peu plus soutenu, s’il vous plaît, il donne naissance à de bien jolies vagues. Sur l’île, une Bergeronnette grise se déplace en courant. Mais on aperçoit aussi un autre coureur, puis un deuxième ! Deux Petits Gravelots arpentent la berge. Les avez-vous reconnus avec leur masque noir et leur front blanc ? Oui, ce sont bien eux, œil noir cerclé de jaune…

Arrêtez maintenant la route de deux Bécasseaux qui passaient là par hasard… Bécasseau minute pour le premier… pas mal ! Rarement observé à cet endroit ! Accompagnez-le d’un Bécasseau maubèche en plumage nuptial… voilà qui est encore mieux ! Et faites-les déambuler côte à côte… Pour le robuste maubèche, préparez vos crayons de couleur ! Du noir pour l’œil, le bec et les pattes… Un brun-roux flamboyant pour la tête, le cou et la poitrine… N’oubliez pas quelques petites stries sombres sur la joue et le sommet de la tête… Les flancs pâles sont, eux aussi, pointillés de brun. Couvrez ses ailes de petites plumes grises finement liserées de blanc et gardez les plus jolies pour le dos. Semez-les au hasard sur le manteau de l’oiseau, ces plumettes sont rousses avec une ancre noire en leur centre. Profitez-en, il n’est pas courant de le rencontrer ici et de Grand Gravelotle voir si bien accompagné !

Enfin, pour terminer, sortez de votre chapeau de magicien, un gros lapin blanc … c’est lui le gardien de l’île… Impossible ? Vraiment… Et pourtant… j’y étais !

Anne
Virelles, 6 mai 2009

« Et le lendemain ? » me direz-vous … Ajoutez un Chevalier gambette et un Grand Gravelot… multipliez le nombre de guignettes par trois ou quatre… et le tour est joué !

 

_______________________________________________________________

aire

Un appartement… avec jardin !

Mercredi 13 mai. Violent orage à la carrière ! Quand le ciel se zèbre et que les pierres grondent en donnant écho au tonnerre, on se sent tout petit et peu fier à cet endroit ! Je n’ai pas vraiment choisi le meilleur moment pour une visite de courtoisie à la Grande-duchesse… En fait, je n’ai pas choisi du tout… A la manière de mon imprimeur quand il est débordé, je dirais qu’en ce moment… « j’intercale » ! J’entame malgré tout la lente ascension qui m’amènera à travers les buissons à hauteur de l’aire. La pluie se déchaîne et m’empêche de vérifier l’éventuelle présence de jeunes au nid. En moins de cinq minutes, je suis trempée jusqu’à l’os. Il n’y a rien à espérer aujourd’hui… A deux reprises, j’ai entendu dire qu’il n’y aurait pas de reproduction cette année sur ce site et je commence à me poser des questions. Cet hiver, les parades ont cependant été des plus intenses, les accouplements se sont répétés et le 15 mars, j’ai la certitude que la Grande-duchesse couvait …

Grand-ducLe lendemain, je tente à nouveau ma chance mais les premières gouttes de pluie saluent mon arrivée. Je ne m’en inquiète pas cette fois car le ciel n’est pas à l’orage… Il y a dix jours déjà, la Lady, elle, m’a présenté ses deux jeunes âgés de plus ou moins trois semaines, deux boules de duvet gris clair blotties contre ses flancs. Le plus actif se relevant pour s’installer confortablement contre la poitrine de la Lady, entre ses ailes délicatement écartées. Il effectuait déjà des mouvements en huit de la tête, permettant ainsi à son regard jaune d’effectuer une mise au point sur le monde qui l’entoure. Les jeunes de la Grande-duchesse devraient avoir à peu près le même âge mais leur mère a choisi de vivre bien à l’abri des regards indiscrets. Son aire est camouflée derrière un jardin de hautes herbes où se mêlent brome, scrofulaire, séneçon, pimprenelle, origan et clématite. Un jardin que la Grande-duchesse veille à ne pas piétiner… Très vite, j’aperçois pourtant du mouvement derrière l’écran de végétation. Petit pincement de cœur … Œil jaune et duvet gris ! Me voici rassurée, il y a au moins un petit Grand-duc !

Dimanche 17 mai. Difficile à nouveau d’éviter la pluie ! Dès mon arrivée, ça bougeotte sur l’aire. On dirait que c’est l’heure du souper. Au gré du vent et du balancement des tiges de graminées, je peux apercevoir au moins deux boules duveteuses qui ont l’air d’avoir des fourmis dans les pattes. Ils font entendre leurs premiers chuintements grinçants. La tête d’un des jeunes apparaît soudain au-dessus des herbes, à l’extrémité gauche de leur « terrasse-jardinet ». Le diablotin disparaît et laisse place, à mon grand étonnement, à deux aigrettes noires bordées de roux et deux grands yeux qui me fixent intensément. Un regard où se mêlent intimement le feu et la glace… Un regard rougeoyant comme la braise mais d’une froideur toujours aussi impressionnante… Un regard… de Grande-duchesse !

Anne

_______________________________________________________________

Huppe

Edmond, Michel, la Huppe… et moi !

Notre histoire commence avec Edmond, un lundi, de bon matin… Plus précisément le 11 mai. Edmond est agriculteur à la retraite. Agriculteur bio, précise-t-il fièrement ! Pendant de longues années, il s’est aussi essayé à la production de fromages… à son image ! Forts de caractère et savoureux ! Maintenant, pour occuper leurs terrains, son épouse élève des ânes de Provence. Vous savez, ceux avec la croix de Saint André… Sans poser de questions, je tourne ainsi les pages de la vie d’Edmond mais ce n’est bien sûr pas ceci qui amène notre homme à Virelles…

Depuis une dizaine de jours, un drôle d’oiseau hante les abords de sa ferme. Il ne l’a vu qu’une seule fois, assez mal dans le brouillard, posé sur la cheminée de sa maison. Un oiseau bavard comme une Pie, qui répète sans cesse « boum boum boum ». Un oiseau avec une huppe et un long bec courbé… Je lui fais écouter la Huppe fasciée et lui montre quelques photos. Edmond reconnaît sans peine son chant, n’a jamais entendu ses cris. Il promet de me prévenir si elle se présente à nouveau… Fin du premier acte !

Trois jours plus tard, Michel, un de nos accompagnateurs nature, souhaite me parler d’un oiseau observé à deux pas de chez lui… Je l’interromps et lui demande en riant si par hasard il ne ferait pas… « boum boum boum ». Pas du tout, me dit-il ! Une Huppe fasciée ! Et voilà qu’en blaguant, j’avais eu le nez fin. Quelques jours plus tôt, il a vu une sorte de Cacatoès rôder autour de sa maison. Très vite, jumelles et guide ornitho ont eu raison de ce perroquet. Et où Michel habite-t-il ? Je vous le donne en mille : à deux ou trois kilomètres de chez Edmond… à vol de Huppe, bien sûr ! Là même où elle avait été entendue à la mi-avril.

Suit alors un entracte d’une semaine sans nouvelles de nos amis et de leur oiseau chanteur. Une semaine placée sous le signe de la fraîcheur et d’une pluie abondante. Une météo qui n’inspire pas notre oiseau méridional. Avec le retour du beau temps, il se fait à nouveau entendre… chez Michel. Le 19 mai, à l’aube, je tente ma chance et me perds un peu dans ces campagnes inconnues mais j’arrive trop tard. Façon de parler ! Il n’est pas encore sept heures ! Après son tour de chant, elle a disparu. Je suis époustouflée par la beauté de l’endroit. Un coteau qui domine le village perdu dans la brume… puis la forêt de Fagne à perte de vue. Je ne regrette pas cette balade fraîcheur !

De retour au bureau, je reçois un appel d’Edmond. L’oiseau se manifeste à nouveau chez lui depuis trois jours. Et cette Huppe est réglée comme… un coucou suisse : lever de soleil chez Michel et visite à l’heure du petit déjeuner chez Edmond, pas de jaloux ! Et moi dans tout cela ??? Je n’ai pas dit mon dernier mot car je sais aussi me lever avec le soleil !

Le lendemain, j’arrive chez Michel un peu avant six heures. Emotion de l’entendre sans la voir, comme lors de ces nuits passées à écouter le Râle des genêts. Je n’imaginais pas son chant si continu, avec des syllabes si rapprochées. Elle répète à l’infini « houp houp - oupoupoup » et je la repère assez facilement perchée au sommet d’un épicéa. Elle doit apprécier la configuration des lieux qui, comme un amphithéâtre, amplifie son chant. Son plumage est digne de la plus belle des étoffes de haute couture. En chantant, elle abaisse régulièrement la tête pour toucher sa poitrine de son long bec, fin et arqué. D’un vol hésitant, elle rejoint d’autres arbres, déployant ses ailes larges et arrondies, bigarrées de noir et blanc. Elle tire soudain sa révérence vers l’ouest, faisant sans doute cette fois faux bond au petit déjeuner d’Edmond !

Anne

_______________________________________________________________

mai2009

Boum, quand notre cœur fait boum…
 
Mai 2009 restera dans ma mémoire le mois de toutes les premières… pour ne pas employer le mot « coche » que je trouve dénué de toute émotion et assez vilain. Le 20 mai, c’est la Huppe fasciée qui ouvre le bal, avec une séance trop brève à mon goût. Telle une touriste japonaise face à l’Atomium, je mitraille l’oiseau au lieu de profiter pleinement de l’instant. Appareil photo numérique quand tu nous tiens…

Le lendemain, en Haute Meuse française, c’est le Bruant proyer qui aurait pu recevoir une petite croix à côté de son nom dans les dernières pages du Guide ornitho. Cette journée passée avec les fidèles de Natagora ESM débute avec deux nids de Cigognes blanches. Pour un juste équilibre, il y a le couple laïque, qui ne jure que par le pylône de l’EDF… et le couple catholique, qui s’en remet à la sainte protection de l’église de Douzy. Dans les prés fleuris de Mousay animés par les parades des Courlis cendrés, le Bruant proyer est omniprésent. C’est une rencontre que j’attendais depuis longtemps…

Trois jours plus tard, c’est une autre Cigogne qui s’offre à moi dans la vallée de l’Eau Noire. Sur une petite route formant un véritable couloir dans la forêt ardennaise, une grande silhouette survole mon véhicule et m’ouvre le chemin. Cigogne ! Et même Cigogne noire ! Quelle surprise de la voir se poser sur la route un peu plus loin. Elle me laisse l’occasion de m’arrêter à dix ou quinze mètres d’elle et de l’observer assez longuement. Je maudis l’appareil photo laissé à la maison et les jumelles qui sont dans le coffre. L’oiseau peu contrasté sur la tête est sans doute un jeune de l’année précédente. Le tête-à-tête est interrompu par l’arrivée d’une voiture qui entraîne son envol…

La semaine suivante, les orages font parfois le bonheur des ornithologues en provoquant l’atterrissage forcé d’oiseaux de passage. A Virelles, « l’Ile aux lapins » accueille ainsi brièvement trois Spatules et un couple d’Echasses blanches à qui les Fuligules morillons se permettent déjà de faire les gros yeux !

Et le mois se termine avec deux Loriots entendus et entre aperçus en vol. Encore une nouvelle espèce pour moi !

Pendant ces dix jours, à trois reprises j’ai tenté de revoir la Huppe et pourtant j’ai chaque fois loupé le rendez-vous, aussi bien à l’aube qu’en fin de journée… Mais ces visites occasionnent de belles rencontres avec ceux qui la côtoient au quotidien. Un jour, de bon matin, je croise ainsi la route du tracteur bleu de Jean. Je suis heureuse de faire sa connaissance car je sais qu’il entend chaque jour l’oiseau à l’heure du lever du soleil. Il l’a même vu tenter de rivaliser avec un coq… en se posant sur le toit de l’église.

Aux premières loges, face à son verger préféré, habitent Jacques et son épouse. Il y a quelques années, nous avons fauché les roseaux ensemble à Virelles. Depuis un mois et demi, ils observent attentivement les allées et venues de la Huppe et sont les seuls à avoir vu un jour deux individus perchés dans le même poirier. L’année dernière, ils ont eu la chance de voir nicher un couple de Hiboux moyens-ducs à quelques mètres de leurs fenêtres. Nous profitons longuement de cette occasion d’échanger autour d’un sujet qui nous passionne tous les trois ! Ce qui n’est pas si fréquent…

Et bien sûr, Michel et Edmond restent attentifs au moindre signe donné par l’oiseau… Enfin, il y a cet ami, qui retrouve soudain son âme de petit garçon grimpant aux arbres du verger de la ferme familiale. Le chenapan se gardait bien d’aller taquiner la Huppe au nid tellement l’odeur qui s’en dégage est nauséabonde ! Une fois de plus, au-delà de la rencontre avec l’oiseau, il y a une belle aventure humaine…

Le 3 juin, le soleil et un semblant d’accalmie au boulot m’encouragent à aller prospecter en milieu d’après-midi. J’observe attentivement la pelouse rase et les arbres fruitiers du verger où elle a été régulièrement aperçue. Le chemin contourne la parcelle et m’emmène à travers prairies et bocage. Je croise Hirondelles rustiques et de fenêtre, Martinets noirs, Pouillot véloce, Chardonnerets et Linottes… Contrairement au Râle des genêts, la Huppe doit apprécier tous ces prés fauchés précocement où elle peut chasser facilement.

Le sentier se termine en cul-de-sac et m’oblige bien vite à faire demi-tour. J’inspecte à nouveau le verger sans grande conviction et m’assied sur un petit talus à hauteur du terrain. Je me coucherais volontiers dans l’herbe et me laisse gagner par un regard sur ma montre et des préoccupations qui m’emmènent bien loin du monde des oiseaux. Je pointe machinalement les jumelles en direction de ce petit abri qui a été visité un jour par la Huppe et jette un coup d’œil plus bas sur les herbages… La voici picorant au sol puis disparaissant derrière une touffe de hautes herbes délaissées par les chevaux. Je ne pensais pas vraiment avoir la chance de revoir un jour… l’oiseau qui fait « boum boum boum » !

Je prends le risque de l’abandonner un instant pour aller chercher ma longue-vue dans la voiture. Je retrouve l’oiseau sans trop de difficultés, accompagné au sol de quelques Pigeons ramiers, Tourterelles turques et Bergeronnettes grises. La Huppe, vive de caractère, arpente le pré d’un pas rapide et décidé. Tout en inclinant la tête de gauche à droite, elle martèle la terre par des coups de bec rapides. « A chacun sa technique » pense le débonnaire Pigeon ramier qui préfère une démarche plus lente et ne pas foncer ainsi tête baissée.

La Huppe s’envole vers la lisière du verger et se pose en ouvrant le joli éventail qui couronne sa tête. Elle franchit la clôture de barbelés et dévale le talus vers le chemin empierré que j’ai suivi un rien plus tôt. Là où je suis, je ne peux plus l’apercevoir… Je rejoins discrètement l’entrée de ce sentier et repère immédiatement l’oiseau à une cinquantaine de mètres de moi. Il entame une rapide progression dans ma direction sans m’accorder la moindre attention. Ce qui se passe au sol est bien plus intéressant ! Et je vois ainsi la Huppe se rapprocher jusqu’à ce qu’il me soit impossible de la suivre à la longue-vue, n’osant pas prendre mes jumelles de peur de l’effrayer. Je retiens mon souffle. Où va-t-elle donc bien s’arrêter ? Je la laisse venir à moi, il n’y a plus que sept ou huit mètres pour nous séparer. Puis elle s’envole vers d’autres terrains pâturés et je perds sa trace…

Impossible de décrire correctement l’intensité de ces moments… Comment un simple oiseau peut-il générer autant d’émotion ? Difficile à comprendre mais tellement fort… Ce bon vieux Charles, qui nous sourit peut-être de là-haut, ne s’y était pas trompé et avait trouvé le mot juste. Boum, quand notre cœur fait boum…

Anne

Boum !
Quand notre cœur fait boum
Tout avec lui dit boum
L’oiseau dit boum, c’est l’orage
Boum !
L’éclair, qui luit, fait boum
Et le bon Dieu dit boum
Dans son fauteuil de nuages…

Avec Anne, sur les chemins de traverse ...


 

 
 
Fatbirder's Top 1000 Birding Websites
Copyright © 2013 Le monde de l'ornithologie. All rights reserved.