Espèces "envahissantes" et protection de la nature Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Les espèces introduites et envahissantes


 
Par Valéry Schollaert et Christian Philippe.
 
 
1° Introduction
2° Contexte: situation lamentable des populations d'animaux sauvages
3° Qu'est-ce qu'une population "sauvage" et une population qui ne l'est pas?
4° Les espèces envahissantes
5° Les menaces  occasionnées par les populations exogènes
6° Danger de l'éradication
7° Équilibre des écosystèmes et fluctuations de populations
8° Population naturelle ou...?
9° Concept d'espèce et de biodiversité
10° Conclusion
 
 
 
1° Introduction
 
Bernache du CanadaLa problématique des espèces introduites et "envahissantes" est un sujet polémique d'actualité, fréquemment débattu au sein des groupes et associations naturalistes. En général, une large majorité des naturalistes, au grand regret des amis des animaux, soutiennent des programmes de gestion, voire d'éradication, pour les espèces "exogènes envahissantes", à savoir des espèces introduites (accidentellement ou non) par l'homme dont les populations augmentent rapidement et qui semblent présenter des risques (prédation, concurrence, hybridation) avec des espèces indigènes. De tels programmes existent aussi pour des espèces indigènes dont les populations ont récemment "explosé".
 
Des actions d'éradication locale sont aussi entreprises pour des espèces non envahissantes, terme malheureusement très subjectif (voir chapitre "Espèces envahissantes"), mais réputées dérangeantes, sources de maladies ou de danger.
 
Il s'agit d'une problématique très délicate qui fait intervenir de très nombreux points de vue différents, d'où la difficulté. Par exemple, l'éthique, la dynamique des populations, les relations  interspécifiques au sein d'un écosystème, le concept d'espèce, la définition même de "nature", le rôle de l'homme dans la nature, les responsabilités de personnes et associations qui s'affichent de la protection de la nature... et ceci n'est pas exhaustif!
 
 
2° Contexte: situation lamentable des populations d'animaux sauvages
 
Nous savons tous que beaucoup d'espèces et de populations sont menacées. Mais quel est l'ampleur réel du problème? 
 
Voyez les références ci-dessous. Elles vous apprendrons que sur 41.415 espèces étudiées, 16.306 sont menacées d’extinction, soit près de 40% des espèces. En réalité, plus de 2 millions d'espèces sont connues, et des millions d'autres sont non décrites. Les espèces non étudiées ou non décrites ont toutes les raisons d'être aussi menacées, voire plus, que les autres. Elles sont souvent peu connues car localisées et rares. Certaines sont non étudiées car leur habitat est inaccessible, ce qui peut les protéger provisoirement. Toutefois, il est probable que la majorité des insectes (classe majoritaire) non décrits proviennent de la canopée des forêts tropicales et ces dernières sont très menacées. En résumé, on peut dire que des millions d'espèces sont sérieusement menacées d'extinctions, et des extinctions ont lieu quotidiennement. Nombre d'entre elles concernent des espèces encore non décrites.
 
Un exemple qui illustre parfaitement le problème: 950.000 espèces d'insectes ont été décrites mais seulement 1259 (moins de 0.2%) ont été évaluées par l'IUCN. Résultat : 626 d'entre elles (la moitié) sont menacées! De plus, il est certains que des millions d'espèces restent à découvrir!
 
Réféfences et liens:
 
 
3° Qu'est-ce qu'une population "sauvage" et une population qui ne l'est pas?
 
Tarin des pins à la mangeoireVoilà quelques années, la nidification du Grand-Duc d'Europe (Bubo bubo) a été prouvée en Angleterre. Ce prédateur impressionnant est généralement apprécié... dans son aire de répartition "normale" où il est recherché par les ornithologues et observateurs en tout genre. Mais voilà... l'aire de répartition "normale" d'un oiseau évolue avec le temps. Elle évolue naturellement en fonction de changements d'habitat, de climat, de disponibilité de niche écologique (par exemple disparition ou apparition des concurrents) et bien sur des dynamiques de populations (d'une espèce ou de  sa nourriture par exemple). La répartition de beaucoup d'oiseaux a évolué récemment avec les bouleversements importants occasionnés par l'homme.
 
Le Grand-Duc  semble être une espèce nouvelle pour le Royaume-Uni bien que des preuves définitives manquent. Son arrivée récente peut être le fruit d'une extension naturelle des populations européennes ou d'une introduction volontaire ou involontaire par l'homme. Sachant que l'espèce avait été ré-introduite avec succès en Allemagne par le passé, les individus anglais peuvent être arrivés tout seuls tout en étant originaires de populations introduites par l'homme (version la plus probable).
 
Le résultat est que les britanniques n'arrivent pas à déterminer si cette population est "sauvage", "indigène", "naturelle" ou plutôt "exogène", "introduite"...  Ainsi, la RSPB suit de près l'évolution des populations et surtout l'impact sur les autres espèces pour "réagir à temps" le cas échéants. A savoir "gérer la population", voire l'exterminer comme ça a été entrepris pour la l'Erismature rousse (Oxyura jamaicensis).
 
Toutefois, si cette population devait s'avérer "sauvage", la même RSBP entreprendrait des actions de protection et "d'encouragement" de l'espèce, ce que d'autres associations prônent déjà...
 
Autrement dit, si le Grand-duc est arrivé sans une aide "trop importante" de l'homme il sera aidé et protégé, mais s'il a été "trop" aidé, il sera détruit! Cette théorie voudrait que seuls les oiseaux venus sans implication de l'être humain soient considérés comme "sauvages" ou "indigènes", mais ceci est évidemment une utopie. Toute l'Europe est directement influencée par l'être humain (transformation ou gestion d'habitats, pollution, dérangement, apport volontaire ou non de nourriture via les cultures, les dépotoirs, la nourriture pour oiseaux ou animaux domestiques, etc.).
 
Comme on le voit ici, le classement d'une espèce dans la catégorie "exogène" ou "indigène" va entraîner les mêmes organismes à opter pour une destruction ou une protection malgré que la notion même d'espèce indigène ou exogène soit totalement subjective et discutable comme le montre l'exemple du Grand-Duc d'Europe. Les cas litigieux sont très nombreux. Comparons par exemple...
 
- La Tourterelle turque (Streptopelia decaocto) a envahi l'Europe en quelques années. Les causes exactes du déclenchement de cette expansion ne sont pas déterminées, mais elle n'a été possible que grâce à l'être humain. En effet, chez nous elle est dépendante des  zones urbanisées et ne pourrait pas vivre dans les habitats naturels européens.
 
Perruche à collier - La Perruche à collier (Psittacula krameri) est une espèce asiatique et africaine. Bien que (parce que?) les populations indiennes sont en régression, les zones adjacentes comme le Moyen-Orient voient l'arrivée de nouvelles populations; celles-ci sont au moins partiellement spontanées même si des introductions sont également constatées. Des introductions ont eu lieu dans de nombreuses régions européennes et américaines et, dans certaines villes, l'espèce abonde (Londres, Bruxelles, etc).
 
Actuellement, alors que la Tourterelle turque est acceptée comme espèce indigène dans tous les pays d'Europe, la Perruche à collier est considérée comme exogène. Pourtant, la seule différence entre les deux cas est que l'expansion de la seconde espèce a été accélérée de quelques années ou dizaines d'années par des introductions directes. L'arrivée "naturelle" en Europe de ces perruches semble ineluctable (elle affectionne les milieux urbains), mais selon les règles actuellement en vigueur dans les comités scientifiques, cette espèce ne sera jamais acceptée comme indigène!
 
Références et liens conseillés:
 
 
 
4° Les espèces envahissantes?
 
Des actions d'éradication locale sont aussi entreprises pour des espèces non envahissantes, mais qui donnent l'impression d'avoir "explosé," on entend alors des termes comme "trop nombreux" qui sont totalement subjectifs. C'est la cas  de la Corneille noire (Corvus corone) à Bruxelles.
 
Des éradication ont aussi été entreprises pour des espèces totalement indigènes qui réputées vecteurs de maladies, comme le Renard roux (Vulpes vulpes) avec la rage, ou les oiseaux migrateurs avec la grippe aviaire.
 
Indigène ou non, de nombreux animaux sont éliminés car ils dérangent par leur localisation, comme l'exemple récent des chenille urticantes, des Bernaches du Canada dans les parcs, mais aussi des sangliers..
 
Bernaches du CanadaAu vu de ces exemples, il semble qu'il faille  débattre de la définition du terme envahissant. Ce terme  est défini en relation avec l'espèce humaine, on considère comme envahissant tout ce qui empiète sur ce que l'on veut garder pour nous seuls ou exclure de la nature. Dans un monde où tout l'espace finit par être occupé par l'être humain, toute espèce pourrait finalement finir par être considérée envahissante.
 
Un exemple parlant est celui des sangliers, dont la population est en augmentation, car ils sont nourris l'hiver: ils trouvent de la nourriture dans "nos" cultures, mais surtout ils reçoivent des tonnes de nourriture placées volontairement dans les bois. Cette "stratégie" a  comme prétexte de les éloigner des cultures où ils font des "dégâts" (en fait, ils ne font que manger, on les comprend, non?). En réalité, on se doute que les chasseurs qui se prétendent gestionnaire de la faune investissent simplement pour s'assurer une densité de gibier (ou  de cibles vivantes) élevée.
 
Cet apport artificiel de nourriture fait augmenter la population de façon significative, et l'espace "naturel" disponible étant limité, on les retrouve de plus en plus dans les cultures et dans les jardins. Toutefois, il faut se garder d'une impression superficielle d'abondance ou non. Par exemple, lors d'une tentative récente d'éradication dans la région de Huy (Belgique), des chasseurs ont été appelés pour tuer ces sangliers en surnombre qui abîmaient les jardins privés. Ils sont toutefois rentrés bredouilles, ils n'ont pas trouvé un seul sanglier!
 
Cet exemple a quelque chose d'ironique, mais on remarque  que l'homme veut tout contrôler en "gérant" (sans succès): nourrir les sangliers, vouloir les déplacer, puis les "réguler" au tir, les "éradiquer" dans les zones habitées, etc. Quand apprendrons-nous à vivre avec la nature, plutôt que passer notre temps à lutter contre elle?
 
 
 
5° Les menaces réelles et imaginaires occasionnées par les exogènes
 
L'introduction d'une espèce est évidemment une bouleversement brutal pour un écosystème, tout comme l'arrivée naturelle d'une espèce. Si des espèces s'éteignent naturellement, les extinctions actuelles sont au moins mille fois supérieures au rythme d'extinction moyen des millénaires précédents. De la même manière, le rythme des introductions actuelles est exagérément plus élevé comparé aux mouvements naturels des populations.
 
Voyons par exemple l'argumentation en faveur de l'éradication de l'Erismature rousse. Celle-ci s'hybride avec la rare Erismature à tête blanche (Oxyura leucocephala); cette hybridation est une "pollution génétique", d'autant plus gênante puisque les jeunes hybrides sont stériles (par définition d'espèce: les deux sont des espèces différentes ==> échange génétique nul ou extrêmement limité).  De manière générale, la pollution génétique peut être de deux types.
 
Soit, dans le cas de sous-espèces, de races ou de population férales, les hybrides sont fertiles mais les populations originelles se voient progressivement modifiées par l'apport de gênes extérieurs (exemple avec le "pigeon féral", le pigeon voyageur/domestique retourné à l'état sauvage, qui s'hybride avec la population sauvage du Pigeon biset - Columba livia-).
 
Soit, comme dans le cas des erismatures, deux espèces différentes mais génétiquement proches se trouvent dans une situation de concurrence et/ou hybridation stériles (parfois après plusieurs générations) et, à long terme, seule une des deux espèces peut survivre dans une région donnée. Le problème ici se pose uniquement  pour la minuscule  européenne de l'Erismature à tête blanche; les populations asiatiques ne sont pas menacées par l'Erismature rousse, mais plutôt pas les chasseurs et/ou braconniers.
 
Plus classique est la menace de l'introduction d'un prédateur qui va se nourrir des proies qui n'ont pas le temps de développer un mécanisme de défense. L'arrivée des rats sur des îles océaniques a occasionné la diminution drastique et même la disparition de nombreuses espèces. Les populations d'Ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) en France constitue également un problème de prédation.
 
D'autres problèmes viennent de la décision d'utiliser une espèce exogène pour lutter contre une espèce indigène considérée comme "nuisible". Par exemple, des coccinelles asiatiques ont été utilisées pour lutter contre des pucerons. Évidemment, ce type d'expérience est toujours un fiasco total. En effet, l'espèce introduite fait finalement plus de dégâts que l'espèce contre laquelle elle est sensée lutter, et cette dernière est toujours bien présente. 
 
Il y a unanimité dans le monde naturaliste pour éviter d'introduire des nouvelles espèces dans une région. La lutte contre les trafics d'animaux est  donc une priorité indiscutable. Cet article ne remet pas cela en cause, au contraire. Il conviendrait même plutôt d'arrêter tout déplacement artificiels d'animaux que se soit pour l'élevage, les parcs animaliers, les animaux de compagnies, l'expérimentation, etc.
 
La question se pose ici concernant les espèces déjà introduites. En plus des dégâts directs -la mort de milliers d'oiseaux- le prix de l'éradication de l'Erismature rousse dont il est question plus haut se chiffre déjà en millions d'euros. Sans parler du dérangement, de l'énergie et de l'aspect éducatif dont nous parlerons plus loin.
 
Est-ce que les dégâts, les effets négatifs de la présence de cette espèce justifie une décision aussi lourde de conséquences? Sans parler du "manque à gagner": le même investissement pour sauver des habitats aurait permis la protection de milliers d'hectares de forêts tropicales par exemple... et de sauver des dizaines ou centaines d'espèces (évidemment les invertébrés sont moins "commerciaux")!
 
De nombreuses espèces introduites n'ont pas de relations génétiques avec les espèces indigènes (comme le perruches et perroquets en Europe). Les observateurs craignent souvent une concurrence pour la nourriture ou les cavités de nidification, par exemple, mais jusqu'ici aucune diminution de population indigène à échelle significative suite à l'introduction d'espèces telle que les perruches n'a été documentée.
 
Terminons cette rubrique en rappelant qu'au niveau botanique le problème est déjà bien plus profond. La flore européenne est complètement bouleversée par l'introduction de plantes et arbres d'ornement et de cultures qui envahissent les habitats "naturels". Certaines sont envahissantes et étouffent les autres espèces. Le même phénomène existe en Amérique du Nord, au Mexique et ailleurs où il est amplifié par la pollution des OGM. Des gênes modifiés ont été transférés "naturellement" à des plantes non modifiées. Près de 70% des espèces végétales dans le monde sont menacées de disparition!
 
 
Références et liens:
 
 
6° Dangers de l'éradication
 
Actuellement, une argumentation des chasseurs pour justifier leur pratique est de remplacer les prédateurs disparus. Mais si les prédateurs ont disparus c'est parce qu'ils ont été chassé, autrement éradiqué... volontairement ou non.
 
Actuellement, de nombreuses régions encourage la destruction du Renard roux (Vulpes vulpes) toute l'année quasiment sans restriction. Il semble que les  erreurs passées ne nous servent pas encore de leçon. On sait c'est que le renard est un grand prédateur des petits rongeurs... une fois les renards éradiqués on va ouvrir la chasse au rongeur? On va faire appel aux piégeurs? En plus de pulvériser des insecticides sur les champs, on va pulvériser des raticides?
 
Récemment, une province de Chine a vu sa population d'abeilles disparaître suite à l'utilisation massive d'insecticides. Les agriculteurs sont donc obligé de fertiliser les arbres fruitiers manuellement car la fertilisation naturelle ne se fait plus! Plus grave, de nombreuses espèces végétales disparaissent, ne pouvant plus se reproduire. Voilà une conséquence dramatique d'une éradication. Elle devrait aussi nous servir de leçon...
 
On peut noter également les antagonismes entre les groupes de personnes concernées, tous se présentant comme défenseurs ou amoureux de la nature. Les conflits d'intérêt, qui démontrent aussi que de nombreux naturalistes, pêcheurs, chasseurs et autres personnes se prétendant de la protection de la nature ne comprennent pas l'unité de la vie, l'harmonie nécessaire entre les êtres vivants, provoquent des actions incohérentes et inutiles.
 
Par exemple, les ornithologues créent des réserves où peuvent se reproduire des oiseaux comme le Grand Cormoran, espèce considérée comme envahissante par les pécheurs qui  la détruise.  Certains amateurs d'oiseaux prétendent chasser les Pies bavardes (Pica pica), Geai des chênes (Garrulus glandarius) et Corneilles noires (Corvus corone) de leur jardin pour "protéger" les petits oiseaux. Cela nous mène aussi à une autre question: pourquoi souhaite-t-on encourager certaines espèces et en défavoriser d'autre? Ce choix est forcément subjectif et peut être comparé au racisme. Un terme plus approprié a récemment été inventé pour décrire cette attitude: le spécisme. 
 
 
 
Liens et références.
 
 
 
 
7° Equilibre des écosystèmes et fluctuations de populations
 
Le public, même naturaliste, a facilement tendance à oublier que les populations d'êtres vivants sont constamment en mouvement. Il n'y a pas de stabilité. L'impression qu'il existe une situation idéale unique est due aux échelles de temps. L'homme à tendance à tout regarder à très court terme.
 
Les interactions entre espèces sont à l'origine de beaucoup de ces fluctuations et mouvements de populations. Il est complètement illusoire de croire que, même localement, dans des zones protégées par exemple, il serait encore possible de conserver une nature libre de l'influence de l'homme. Si une zone naturelle c'est une zone libre de l'impact de l'homme, alors il n'en existe déjà plus sur la planète (même un habitat jamais exploité est pollué d'une manière ou d'une autre). Il faut donc accepter que les équilibres changent, évoluent différemment suite à notre influence. Les équilibres qui existent entre des millions d'espèces dont la majorité reste inconnue nous dépassent presque toujours largement. Penser que l'on peut "rétablir" en gérant les populations de quelques espèces est une simplification à outrance. Tout d'abord, la majorité des mécanismes ne sont pas compris et certains ne pourront sans doute jamais l'être intellectuellement. De plus, une gestion ne donne jamais les résultats escomptés, il y a toujours des surprises.
 
Un bon exemple de résultat inattendu est le cas de la tentative d'éradication du renard, pour cause de transmission de la rage. Le renard est très discret, difficile à débusquer. Et il a surtout cette faculté inattendue de réguler ses naissances: le nombre de jeunes dans une portée augmentant lorsque la population de renard diminue et vice-versa! Ce n'est qu'après avoir constaté qu'il était impossible de l'éradiquer que l'on a enfin cherché d'autres solutions. Depuis la disparition de la rage, que certains attribuent à la vaccination, le renard se porte très bien. Un autre exemple est celui de la restauration des pelouses calcaires, et autres milieux, crées par les activités humaines du passé. La gestion communément utilisée pour conserver ces habitats est le défrichage, mécanique ou manuel. Mais à l'origine ce défrichage se faisait par pâturage ce qui impliquait aussi un piétinement continu et des excréments sur le sol. Le résultat obtenu n'est donc pas la restauration d'un milieu (artificiel!) disparu, mais la création d'un nouveau milieu artificiel. Les conditions changent et la nature s'adapte. Vouloir garder ou recréer une situation naturelle, en fait une situation qui reflétait la réaction de la nature à des conditions anciennes, alors que les conditions ont changé, va bien sûr à l'encontre de la nature.
 
En clair: l'homme n'a pas les compétences pour gérer la nature. Sans compter que le fait même de se battre pour ou contre le développement d'une espèce est tout à fait contraire à la notion même de "nature"...
 
 Références et liens:
- Les pelouse calcaires par la Faculté de Sciences de Gembloux

 
8° Population naturelle ou...?
 
Pour avoir une action juste basée sur des connaissances, il faut au minimum une manière cohérente d'aborder le problème. Qu'est-ce qu'une population indigène dans le monde de la nature, constamment en mouvement? Et la nature elle-même, c'est quoi? Nous nous proposons de sauvegarder des populations menacées, quitte à "gérer" à savoir réguler, couper, planter, exterminer, réintroduire... mais quel sens à tout cela? Si c'est un bon choix, il devrait être cohérent. L'est-il?
 
Pour répondre à cette question cruciale, fondamentale, réfléchissons aux objectifs recherchés. On dit "protéger la nature". Mais en quoi une espèce introduite accidentellement ou une espèce en sur-abondance car elle profite des ressources fournies involontairement par l'homme serait moins "naturelle" qu'une espèce en train de disparaître, sauvée à coup de gestion ou de ré-introduction? Dans tous les cas, l'action de l'homme est déterminante et sans l'homme la situation serait différente. Alors?
 
L'argument généralement entendu est qu'on veut "reconstituer" des habitats. Oui mais... cela signifie quoi? Reconstituer quelque chose qui était et qui n'est plus, pourquoi? Pour (se) faire croire que le monde n'a pas changé?
 
Imaginer une région d'où les vautours ont disparus. S'il y a de la nourriture pour eux, et qu'ils ont des sites pour se reproduire, et que les humains les laissent vivre... ils reviendront seuls. Sinon, qu'est-ce que la présence de l'espèce ajoute à une région dont l'écosystème n'est plus adapté à celle-ci?  Les vautours sont là pour nettoyer les carcasses d'animaux. S'il n'y a plus d'animaux, plus de carcasses, en quoi la présence des vautours est-elle souhaitable? Qu'apporte-elle à l'écosystème si elle doit sa subsistance à de la nourriture placée spécialement pour elle par l'homme?
 
La nature est capable mieux que nous d'apporter les espèces utiles, nécessaires à un écosystème, de rejeter celles qui n'y apportent plus rien. Bien sûr, les réactions ne sont pas toujours aussi rapides que ce dont nous souhaitons. Bien sûr, les "choix" de la nature ne correspondent pas toujours aux nôtres. Mais protège-t-on la nature ou se fait-on juste plaisir?
 
Évidemment, si une espèce disparait complètement, le jour où l'habitat sera à nouveau propice, elle ne réapparaîtra pas pour occuper sa niche écologique. D'où le souhait de protéger des reliques de populations. Ce souhait, compréhensible, ne doit toutefois pas détourner notre énergie et notre attention des vraies priorités... 
 
L'argument ultime est la sauvegarde de la biodiversité. On s'inquiète finalement peu qu'il y ait un peu plus ou un peu moins d'une espèce du moment qu'on garde un peu de tout. On a perdu plus de 50% des oiseaux de la planète en quelques décennies, mais les quelques dizaines d'espèces disparues (>1% du total) sur la même période nous semblent être le problème principal que l'on ressasse sans cesse...
 
Mais pourquoi s'attache-t-on tellement à cette notion d'espèce? Pourquoi le terme biodiversité est-il si important pour tant de naturalistes au point d'accepter de faire des carnages en son nom?
 
 
Références et liens:
 
 
9° Concept d'espèce et de biodiversité
 
L'humain naturaliste préfère généralement sauvegarder une espèce rare qu'une population d'une espèce commune et répandue. Ainsi, l'Erismature rousse est massacrée en Europe occidentale pour tenter de sauver l'Erismature à tête blanche qui, cela dit, est encore lourdement chassée dans son aire de répartition orientale. Le lecteur qui découvre se fait doit penser que l'incohérence est à son comble. N'aurions-nous pas sauvé plus d'Erimatures à tête blanche en injectant des millions d'euros pour lutter contre la chasse et le braconnage en Asie, au lieu de l'investir dans des cartouches et des tireurs pour augmenter encore la pression de chasse sur le genre Oxyura?
 
Car c'est bien là le malheur de la population européenne de l'Erismature rousse: si c'est bien une erismature comme sa cousine à tête blanche (genre Oxyura) elle n'appartient pas à la même espèce. Si ces deux oiseaux appartennaient à la même espèce, tous les naturalistes se réjouiraient de sa présence dans les îles Britanniques et en France. A l'instar de l'ours de Pyrénées: pour renforcer les populations réduites à peau de chagrin, on a introduit des ours slovènes... Quoi? On éradique des "exogènes" mais on en introduit d'autres?
 
Ces ours ne devraient-ils pas être détruits comme les Erismatures rousses selon la logique des partisans des éradications? Mais non diront-ils!  Car il s'agit de la même espèce. Voilà tout: la seule différence réside dans une différence de classement!
 
En général, l'unité de mesure de la biodiversité est l'espèce. Même si ce concept est très intéressant, et permet une communication pratique entre naturalistes, de comprendre certains aspects de la dynamique des populations, de l'histoire des oiseaux et bien d'autres choses, cela ne reste qu'un concept. Sur base d'une théorie, d'un concept, d'un mot, on est prêt à massacrer des populations entières d'animaux, vertébrés ou non. Sans parler des plantes. Qui s'émeut de voir une forêt entière d'arbres exotiques coupés pour reconstituer un habitat "naturel"?
 
Voilà donc deux paramètres aux limites discutables et discutés qui peuvent entraîner la vie ou a mort de centaines, milliers ou dizaines de milliers d'êtres vivants. Le fait qu'une espèce soit "indigène" ou "exogène" -voir plus haut le cas du Grand-Duc-, et le fait qu'une population soit classée dans la même espèce, ou non, par rapport à une autre population. Sachant que des changements de classement ont lieu chaque semaine au niveau des espèces d'oiseaux... imaginez à quoi tient la survie d'une population! Ne parlons même pas des individus...ou des modes de vie!

 
Paysages du Colorado
Pour sauver ce qu'il y a à sauver, de "nature" il faudrait que les naturalistes s'accordent sur des objectifs cohérents, et puissent donc présenter un discours cohérents pour obtenir l'aide d'une majorités de nos semblables.
 
Un discours "je protège les animaux mais je tire dessus", consciemment ou non, l'interlocuteur "extérieur" ne peux pas adhérer. "Je protège la nature avec la tronçonneuse" ça passe à peine mieux. Cela parait logique à nombre d'entre nous, les objectifs sont  peut-être louables, mais mettez vous à la place des simples "quidams"...
 
Une priorité évidente, c'est l'éducation. Mais pour éduquer, il faut être CO-HÉ-RENT.
 
 
Références et liens:
 
 
10° Conclusion
 
Il est évidemment que personne n'a "la parole de Dieu" dans ces problèmes de "protection de la nature", notamment le dossier des "espèces envahissantes". Au vu des arguments avancés ci-dessus,le moins que l'on puisse dire est qu'il y a place au doute quant à l'efficacité d'une gestion ou une éradication. Les conséquences néfastes, elles, ne font aucun doute: massacre d'individus et de populations entières, incohérence du discours éducatif, manque à gagner de temps, d'argent et d'énergie pour d'autres actions dont l'efficacité fait l'unanimité.
 
Les auteurs encouragent donc les associations naturalistes de refuser toute forme d'éradication ou de limitation violente de population sauvage, dans l'intérêt de tous, humain, animaux et végétaux.
 
 
 
 Références et liens:



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