Longue-vue et digiscopie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Longue-vue et digiscopie

 

Kite HD

 

La longue-vue est un outil complémentaire aux jumelles pour l'observation des oiseaux. S'il s'avère indispensable pour les oiseaux aquatiques et marins, ainsi que le suivi de la migration des rapaces, il est bien moins polyvalent que les jumelles pour le naturaliste généraliste. Toutefois, il est possible d'y coupler un petit appareil photo pour pratiquer ce qu'on appelle la « digiscopie ». Cette approche originale de la photographie est décrite plus bas.

 

1.       Observation des oiseaux

La longue-vue est un outil onéreux mais malgré tout souvent utilisé par les ornithologues car il permet une qualité d'observation très élevée. Stabilisée sur un trépied (notamment de l'excellente marque Manfrotto®), la longue-vue offre une image stable, claire, et détaillée. Les modèles de qualité élevée permettent même de prendre des photos, lorsqu'ils sont couplés à des petits appareils numériques. Vu l'investissement, il vaut mieux ne pas se tromper de modèle !

Avec l'apparition de la Kite HD, la situation est assez similaire à celle des jumelles, avec une petite série de marques qui proposent de l'excellent haut-de-gamme, et la possibilité de rencontrer, grâce à Kite, un bon rapport qualité-prix dans des gammes inférieures.

En général, les marques allemandes et autrichiennes, et dans une moindre mesure, japonaises, proposent du matériel quasiment irréprochable. Leica, Zeiss, Swarovsky, Kowa sont probablement les plus connues; Kite a rejoint le club des "grand" récemment avec la nouvelle HD. Pas de surprises, elles sont toutes excellentes. Ce qui fait la différence entre ces longues-vues sont principalement :
- le service après-vente : Kite est la meilleure sur ce point, suivi de Swarovsky
- l'ergonomie : la molette de Swarosky est un peu « dure » et cela peut gêner, la double molette de Zeiss est une bonne idée mais on se trompe parfois dans le feu de l'action ; la molette Kite est souple et rapide.
- l'impression personnelle. Pour un tel achat, le subjectif est important. Il faut essayer plusieurs modèles et prendre celui qui attire. Aucune des marques citées n'est mauvaise ou décevante. En tant qu'auteur de cet article, j'ai successivement utilisé Kowa, Optolyth, Zeiss, Swarovsky et Kite. Pour l'observation, ma préférence va à Kite, suivie de Zeiss, Swarovsky, Optolyth puis Kowa (qui était un 60mm de diamètre, donc moins lumineuse).

J'utilise désormais Kite pour mes observations quotidiennes en Tanzanie (Afrique orientale) et je suis plus que ravi. Distance de mise au point, luminosité, définition, performance du zoom et, avouons, le design... cette longue-vue me semble parfaite pour l'observation. Pour la digiscopie, je n'ai pas un avis aussi tranché pour l'instant, pour des raisons expliquées ci-dessous.

 

2.       Digiscopie

Entre 1986 et 2004, j'ai observé les oiseaux sans les prendre en photo. J'ai possédé un reflex argentique lorsque j'étais adolescent, mais j'ai rapidement abandonné. Ce qui m'a poussé à essayer un peu de photographie c'est la lassitude de devoir décrire par écrit les oiseaux rares observés pour les comités d'homologation (notamment au Maroc, en tant que fondateur du comité), mais aussi ailleurs. Et de me voir refuser des dossiers comme une magnifique Grive obscure en Israël, première du pays à l'époque, faute de preuve. Une petite image aurait fait la différence.

C'est mon sponsor et ami Georges Deputter qui a inauguré mon goût à la prise de vue, en me prêtant un petit Nikon à coupler sur la longue-vue Zeiss. Grâce à un petit adaptateur, j'ai pris quelques photos en Martinique et en Guadeloupe. Rien de transcendant, mais j'étais prêt à prouver mes observations de « raretés ». A la fin de l'année 2005, George m'a offert un Sony Powershot W7 et un vrai adaptateur de qualité. Je me suis rendu au Sultanat d'Oman avec ce matériel et le seul regret était de ne pas avoir assez de cartes-mémoire. Avec une lumière de rêve et des oiseaux assez peu farouches, je me suis régalé. Mes photos restaient de qualité moyenne, mais bien meilleure que tout ce que j'avais espéré. Ayant un zoom, la qualité ne pouvait pas être parfaite, et c'est ainsi que George m'a permis de troqué ma Zeiss 20-60x pour un Swarovsky à oculaire fixe de 30x grand angle et l'adaptateur DA-4 de Kowa, excellent mais hors-prix.

C'est au Brésil qui j'ai mis à l'épreuve ce matériel, et j'ai obtenu des résultats excellents. Je pouvais commencer à envisager de publier mes propres photos dans mes livres ! Un rêve, ou plutôt un fantasme devrais-je dire car je n'aurais jamais cru ça possible. Toutefois, les photos disponibles du Brésil sont décevantes, mais c'est en grande partie du au traitement que j'y ai apporté. Peu expérimenté, je n'ai pas calibré correctement mon écran d'ordinateur et toutes les photos sont trop sombres. Ce projet étant maintenant passé, je n'ai pas le courage de les reprendre toutes, mais les photos brutes mes permettront des publications futures.

Par la suite, j'ai corrigé ce défaut et les images ramenées des États-Unis, du Canada, du Kenya et de Tanzanie sont à mes yeux tout à fait satisfaisantes. Elles sont appréciées de nombreux internautes et ont certaines ont été publiées dans des livres, et pas seulement les miens. Ce matériel ne m'a jamais déçu, et je le recommande volontiers à qui veut.

En mai 2011, j'ai remplacé ma Swarovsky par la nouvelle Kite HD. Etant sponsorisé par George Deputter, fondateur de Kite, c'était logique. J'avais une petite crainte pour le rendu des photos. Non pas par rapport à la qualité de la longue-vue, mais parce que la Kite HD ne propose pas (pas encore ?) d'oculaire fixe ! Un retour au zoom, même avec une longue-vue meilleure, risque de me décevoir ! George lui-même s'en inquiète.

A ce stade, en juillet 2011, je ne peux pas encore répondre à la question. Car alors que la Kite HD a pris la place de la « Swaro », j'ai aussi remplacer mon excellent bridge Sony HX1 par son successeur le HX100v. Et là, je suis scié : même en zoomant au maximum (30x optique + 4x électronique = 120 fois), j'obtiens des résultats acceptables. A courte distance, c'est aussi bon qu'en digiscopie. Du coup, au vu la maniabilité du bridge, dans les conditions actuelles d'observations qui me concernent (forêts de montagne et collines buissonnantes, savanes arborées et falaises rocheuses), la digiscopie ne m'apporte rien de plus que le bridge, d'autant que les oiseaux bougent beaucoup et rendent l'utilisation d'un trépied très difficile. J'ai bien essayé quelques petits passereaux nerveux... le rendu à distance égale est un peu supérieure à celui du bridge, mais avec le bridge je me rapproche de trois pas, je prends deux rafales de dix photos et il y en a bien une qui est meilleure que celles obtenues en « digi »...

Lorsque j'aurai un peu de temps à y consacrer, je prendrai exprès quelques photos d'oiseaux coopératifs à la longue-vue pour analyser le rendu. Mais il faudra attendre que je me rende sur le bord de l'eau pour savoir si la digiscopie est encore vraiment utile...

 

Voici toutefois la page décrivant la digiscopie telle que je la pratiquait avec la Swaro.

 

DA-4 Kowa
  Le DA-4 de Kowa adapte un petit appareil photo
  numérique à une longue-vue.


Grâce au système DA-4 de Kowa, on peut facilement observer d’une part, et photographier d’autre part, sans perdre du temps à des manipulations compliquées. Les résultats sont tout à fait intéressants. Ci-dessous, voyez les détails concernant les choix de modèles d’appareil photo, de longue-vue, quelques exemples de photos dans diverses conditions, et des conseils pour l’achat. Quand au choix du trépied, vous trouverez votre bonheur chez Manfrotto.


L’appareil photo

 Sony Cybershot 7.2
  L’excellent Sony cybershot 7.2 megapixels.


Il existe une multitude d’appareils qui peuvent convenir à la digiscopie. Mais l’idéal est un appareil avec un grand écran qui permet de bien contrôler le réglage de l’image et d’ensuite faire un tri valable. Le Sony présenté ci-dessus fonctionne parfaitement et c’est avec lui que toutes les photos présentées ci-dessous ont été prises.


La longue-vue

 Kite SP ED 
  Kite SP ED, le meilleur rapport qualité-prix.


Deux longues-vues sont à conseiller, en plus de la Zeiss Diascope qui est un outil fantastique pour l’observation mais dont les résultats en digiscopie sont légèrement décevants.

Premièrement la Kite SP ED, qui est exceptionnelle vu son prix ; ce modèle est le meilleur rapport qualité/prix existant. Toutefois, elle n’atteint pas encore la qualité des Zeiss, Swarovski et autres haut de gamme. La meilleure du marché pour la digiscopie est la Swarovski ATS 80 HD ; voyez les résultats obtenus ci-dessous !

 Swarovski ATS 80 HD
  La Swarovski ATS 80 HD, la longue-vue idéale pour la
  digiscopie.


Pour réaliser les meilleures photos, il faut choisir un oculaire fixe. La perte de qualité due au zoom se remarque beaucoup lors des prises de vues. L’oculaire 30X grand-angle est conseillé et c’est avec lui que sont prises les photos ci-dessous.


Des photos à courte distance

La digiscopie ne sert pas qu’à prendre des photos de loin pour l’homologation d’un oiseau rare. Avec la Swarovski, l’adaptateur DA-4 et un bon petit appareil photo numérique (APN), il est possible de faire des photos de qualité, assez précises pour être présentées dans un livre par exemple. Plusieurs photos prises en digiscopie apparaissent ainsi dans les ouvrages de la collection « Formation Ornitho ». Voici quelques exemples de photos prises à courte distance.

     
       
 Halcyon senegalensis (digi) 

 Tockus jacksoni (digi)

  Halcyon chelicuti (digi)
 Woodland Kingfisher  Jackson's Hornbill  Striped Kingfisher
 Martin-chasseur du Sénégal  Calao de Jackson  Martin-chasseur strié

Des dizaines d'autres exemples sont disponibles sur la page "Bogoria - le lac rose de flamants". 

Même en forêt, la digiscopie peut faire des merveilles! Voyez ci-dessous.

 

 Harpie féroce - Harpija harpia
  Cette Harpie féroce Harpija harpia était à la verticale du
  point d’observation, à 30 mètres environ. La lumière était
  forte en dehors de la forêt, mais faible dans la forêt, ce qui
  rend la photo difficile. Le zoom de l’APN n’a pas été utilisé.


Les photos lointaines

Le miracle de la digiscopie est de parvenir à obtenir des photos acceptables, certainement en termes de document ou de preuve d’observation, à de très longues distances. Soit on obtient une photo avec le sujet tout petit. Il est alors possible de la recadrer si la qualité de la prise de vue est bonne (voir « les retouches » au paragraphe 7). On peut aussi choisir de zoomer avec l’APN. La perte de qualité est indéniable, mais reste dans des limites acceptables. Le résultat est toujours bien meilleur qu’avec un réflex qui, même accompagné d’une longue focale de qualité, n’égalise pas la digiscopie en photo longue-distance.

 

 Proare rougecap - Proaria gularis

Proare rougecap - Proaria gularis

Proare rougecap - Proaria gularis
 Ce Paroare rougecap Paroaria gularis est resté du mauvais côté de la rivière et donc inapprochable (environ 70 mètres, ce qui est énorme pour ce petit passereau). La lumière du matin était encore faible. Deux tentatives différentes ont été essayées pour un résultat semblable. Au milieu, la photo sans zoom est simplement recadrée. A droite, la photo est zoomée. Bien que le manque de définition du à la faible lumière et la distance soit clairement visible, la photo reste assez correcte pour l’identification.

 


En vol

Pour les oiseaux en vol, la digiscopie peut fournir des documents intéressants mais rarement de belles photos. Le plus facile c'est évidemment les grands oiseaux.

 Pélican frisé - Pelecanus crispus

  Ce Pélican frisé Pelecanus crispus a été photographié
  en digiscopie malgré une faible lumière grise.

 



Pour les oiseaux en vol, le réflex reste nettement meilleur. En effet, un des grands avantages de la digiscopie est la stabilité obtenue grâce au pied et au déclencheur à distance (ou au retardateur). Suivre un oiseau un vol demande forcément un mouvement dont la précision ne sera pas souvent plus grande avec la longue-vue accompagnée de l’APN sur pied qu’au réflex à main levée !


Sur la terre comme sur l’eau

 Digiscopie
 

En Amazonie, beaucoup d’observations se font en bateau. Est-ce pour autant qu’il faille se priver de digiscopie ? Le test est concluant : non. Bien installé sur la petite barque prévue pour cinq personnes, le matériel a encore fait des miracles. Bien sûr, un peu de chance, de nombreuses tentatives, et quelques bons réflexes sont nécessaires mais voyez les résultats ! Plus haut, vous pouvez admirer le Martin-Pêcheur à poitrine rousse qui a bel et bien été pris depuis la barque. Ci-dessous, cette Sterne à gros bec Phaetusa simplex également.

 Sterne à gros bec - Phaetusa simplex 
 


Les retouches

En numérique, qu’il s’agisse de photos prises au réflex ou en digiscopie, de petites retouches sont généralement indispensables pour profiter au mieux de l’image obtenue. En format RAW (le plus « fin », mais aussi le plus lourd et le plus complexe à travailler), vous avez de multiples possibilités, notamment d’adapter la balance des blancs qui constitue souvent un problème, entre autres lorsque vous photographier un oiseau noir et blanc. Essayez de photographier une Foulque macroule ! Soit la photo est trop foncée, soit le bec est trop brillant…

Les photos présentées sur ce site sont prises en format compressé JPEG. Nettement plus maniable et léger que le RAW; il est cependant critiqué par de nombreux « pros » qui regrettent la perte de qualité. Personnellement, je m’en contente. Il est également possible de retravailler une photo JPEG, notamment au niveau des contrastes et de l’intensité de lumière, de la diminution du grain et l’accentuation de contour (pour optimiser la netteté de l’image). Vous pouvez bien sûr aussi recadrer l’image. La photo du Martin-pêcheur à poitrine rousse présentée plus haut  avait été retravaillée. Voici la photo originale.

 Martin-pêcheur à poitrine rousse - Megaceryle torquata
 

Parfois, une photo quasi inutilisable peut être récupérée grâce à des retouches. Comparez ici une photo d’un Pigeon vineux Patagioenas subvinacea sans et avec retouche. Dans le second cas, la netteté et la lumière obtenue permet par exemple de bien distinguer le cercle oculaire rouge. Par contre, le contre jour ne sera pas effacé, même si en RAW le résultat aurait été encore plus convaincant.

 Pigeon vineux - Patagioenas subvinacea: sans retouches Pigeon vineux - Patagioenas subvinacea: avec retouches


Où acheter ?

Le matériel ci-dessus m’a été offert par Georges Deputter (www.deputter.com), créateur de la marque Kite. Il est possible de l'acheter chez Mauna Kea.

                 Kite

Mauna Kea




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